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Les artistes du théâtre brûlé
(2004) |
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Réalisateur : Rithy
Panh Fiche technique: ici SYNOPSIS Rithy Panh avait 11 ans lorsque les Khmers rouges ont
envahi Phnom Penh et envoyé la population dans les campagnes pour des travaux
forcés. Il en avait 15 lorsqu'il s'est réfugié dans un camp thaïlandais,
avant de rejoindre la France. Puis, c'est en 1985 qu'il est entré à l'Idhec,
lorsque filmer devenait pour lui une question de survie. Il n'a eu de cesse
dès lors de témoigner, questionner, s'interroger sur le génocide cambodgien :
du point de vue de ses victimes (avec par exemple Bophana, une
tragédie cambodgienne, en 1996, qui relatait le destin tragique d'un
couple incarcéré dans la prison S21) ou du point de vue de ses bourreaux
(dans le remarquable documentaire S21 la machine de mort khmère
rouge, qui disséquait le fonctionnement de cette même
prison). En utilisant alternativement le documentaire ou la fiction (ou en
mêlant les deux, comme dans ce nouvel opus), Rithy Panh signe ainsi, petit à
petit, une oeuvre colossale sur le devoir de mémoire. Cette lutte contre
l'oubli s'ancre également dans la réalité quotidienne du Cambodge, près de
vingt ans après le génocide. L'auteur s'intéresse en effet autant à cette
période de l'Histoire qu'à ses conséquences encore très visibles aujourd'hui.
Il montrait ainsi dans La Terre des âmes errantes (1999) la misère du peuple cambodgien, toujours hanté
par les âmes défuntes, dont on ne parle pourtant que très rarement. C'est
également du Cambodge d'aujourd'hui, partagé entre un passé ensanglanté et un
présent amnésique, que Rithy Panh vient nous parler dans Les
Artistes du théâtre brûlé. Alors que le grand théâtre de Phnom Penh avait
survécu aux chars des Khmers rouges, il brûle malheureusement en 1994, dans
l'indifférence du gouvernement. Livré aux caprices de la nature, qui
s'immisce entre ses pierres, ce haut lieu culturel devient bientôt un site
abandonné à l'oubli, à l'image des plus jolies constructions d'Angkor, d'une
époque enterrée, destinées aujourd'hui au tourisme. C'est donc pour lutter contre
la mort de la culture cambodgienne, autrefois riche et vivace, que des
comédiens investissent le théâtre, pour le réparer, et faire revivre les arts
traditionnels. La caméra de Rithy Panh capte alors leurs questionnements,
leurs doutes, et interroge la politique du pays face à l'impossibilité de
monter des projets culturels... alors que se construit à deux pas du théâtre
un gigantesque casino. La rentabilité s'oppose à la culture. A la mémoire
collective, on oppose un libéralisme aveugle. Donnant la parole aux artistes,
Rithy Panh réaffirme la nécessité de se souvenir pour conserver son identité.
Une identité dont la culture constitue une part non négligeable. |