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La guerre sans nom (1991) |
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Réalisateur : Bertrand
Tavernier Fiche technique: ici SYNOPSIS "La Guerre sans nom" nous apprend
peu de chose sur l'Algérie, et presque rien sur les événements qui s'y sont
déroulés entre 1954 et 1962. "La Guerre sans nom", c'est surtout un
"tête à tête" de quatre heures avec une trentaine d'appelés et de
rappelés originaires de la région de Grenoble. Là où ont eu lieu, en 1956,
les manifestations les plus importantes contre l'envoi de rappelés en
Algérie. Aucun document d'archives, pas de discours "officiel",
mais leurs propres photographies prises il y a trente ans. Ouvriers, paysans,
cadres, qu'ils soient communistes, apolitiques ou pour une Algérie française,
leur histoire s'est croisée dans l'ennui de l'attente ou dans la violence de
la guerre. C'est ce vécu, enfoui dans la mémoire depuis trente ans, qu'ils
racontent pour la première fois face à la caméra. Le film s'ouvre sur le
départ en train des rappelés le 18 mai 1956, pour aboutir en fin de parcours
sur les images actuelles d'un hôpital psychiatrique où sont internés des
ex-combattants d'une guerre encore maintenant qualifiée de "remise en
ordre" par les autorités successives. Entre ces deux pôles, le fil des
histoires individuelles se déroule peu à peu pour recouvrir le silence de
tant d'années d'oubli. Les entretiens sont longs et les détails surgissent
avec une étonnante précision, souvenirs restés intacts et rarement révélés
jusqu'à ce jour. Contrairement à Max Ophüls du "Chagrin et la
pitié", Patrick Rotman et Bertrand Tavernier
ne provoquent pas au montage la confrontation des divers récits, la parole
prend ici le temps de s'installer, seulement entrecoupée de longs travellings
de la région grenobloise ou des Aurès algériens. Paysages montagneux, chemins
semés d'embûches, "fels" invisibles et
redoutés sont les images d'angoisses qui reviennent le plus souvent. La
torture, aucun intervenant ne l'a pratiquée, mais la plupart connaissaient
son existence. Les gorges se nouent par moment, et laissent apparaître la
peur, une peur qui ne les a pas quittés depuis ces années-là. Beaucoup ont la
certitude que cette guerre a gâché leur vie. Certains mettent en cause
l'irresponsabilité des politiques. Cette brèche pratiquée dans ce mur du
silence de trente ans a permis de comprendre que personne n'est sorti indemne
de cette guerre coloniale, même pas les enfants de ces hommes qui découvrent
seulement maintenant la tragédie vécue par leurs aînés. |