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De l’autre côté (2001) |
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Réalisatrice : Chantal
Akerman Fiche technique: ici SYNOPSIS De l'autre côté d'abord vous envoûte, puis vous hante,
à l'image de ce jeune Mexicain dont le discours ouvre le film. Il nous
raconte l'histoire de son frère qu'il n'a jamais revu puisqu'il est mort dans
le désert. Le mystère s'installe, puis on comprend qu'il ne cherchait pas
seulement à trouver à manger, mais qu'il désirait franchir la frontière
américaine (on comprendra plus tard pourquoi cette partie de la frontière a
été renforcée) : "Je crois que j'ai 14 ans" finit-il par avouer.
Tout est là, un peuple perdu, n'ayant donc plus rien à perdre, même s'il
continue de croire en Dieu. Ils mangent ce qu'ils trouvent, s'habillent avec
ce qu'ils trouvent chez les Américains. Les États-Unis représentent
d'ailleurs sans doute leur terre promise... Chantal Akerman ne cherche
pourtant pas à nous apitoyer totalement sur leur sort : la violence des
immigrés, par exemple, n'est pas remise en question. Elle préfère mettre le
doigt sur les erreurs des États-Unis. La justice, l'exécutif et le
législatif... Elle donne la parole aussi aux Américains, bien conscients de
leur droit à se défendre. Ainsi, un Texan explique qu'il n'hésiterait pas à
tirer sur quiconque s'introduirait dans sa propriété parce qu'il a placé une
pancarte d'avertissement sur ses barrières (bien entendu, en anglais...).
Suivra un restaurateur, triste sosie de Georges W. Bush... Akerman est à
mille lieues des documentaires-spectacles d'un Michael Moore et s'attache à
une rigueur de chaque instant. Elle ne résiste pourtant pas à "faire du
cinéma", faire "de la belle image qui a du sens"... À ce
titre, De l'autre côté est à mi-chemin entre le film d'auteur et le
documentaire. Se permettant un nombre incalculable d'envolées Lynchiennes, de
travellings ténébreux qui peuvent enchanter ou radicalement crisper (le long
plan de la clôture dans l'embouteillage est absolument ahurissant de
simplicité !) et même de petites touches d’humour cinglantes. Malgré ce qui
peut être une vraie réserve, Akerman signe un très grand film, tant sur le
fond que sur la forme. L'un des derniers plans est une vue de radar, à peine
plus claire qu'une radiographie et laissant finalement entrevoir une colonie
d'émigrants, que l'on aurait prise plus tôt pour une longue palissade.
Akerman achève tout simplement son film par l'histoire similaire de sa femme
de ménage originaire des Philippines. |